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Julien Martre, fondateur de la distillerie Boèmia-Douceur de la nature

Portrait de distillateur

Crédit : Stéphanie Limongy 

RENCONTRE AVEC JULIEN MARTRE,

ARTISAN DISTILLATEUR DE LA DISTILLERIE BOÈMIA

Julien Martre a accepté l’invitation de Maison Aromaterii pour notre plus grand plaisir ! Sa vision de l’aromathérapie, ses valeurs profondément ancrées dans la terre sonnent comme un accord parfait avec notre propre conception d’une aromathérapie écologique. Direction l’Aude pour rencontrer cet amoureux des choses bien faites.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Julien Martre, j’ai 39 ans. Je suis originaire de l’Aude, de Carcassonne pour être précis. J’ai d’abord suivi les traces de mes grands-parents vignerons en devenant ouvrier viticole. Par la suite, j’ai créé la distillerie Boèmia située à Montlaur en 2013 : nous allons prochainement célébrer ses 10 ans ! Je dis « nous » car je ne suis pas seul dans l’aventure ; Pierre-Jean m’a rejoint en 2017 pour assurer la distribution de nos huiles essentielles. J’aime me définir comme un cueilleur, producteur et distillateur.

Comment es-tu venu à l’aromathérapie ?

Je ne connaissais pas l’aromathérapie lorsque je travaillais dans le milieu du vin.

Toutefois, les influences du climat méditerranéen, les senteurs de la garrigue, ce terroir calcaire, ça me parlait.

En souhaitant prendre un tournant professionnel, j’avais quelques certitudes. Je voulais travailler à mon compte et continuer de travailler la terre. Je me suis demandé ce que je pouvais faire pousser sur ces terrains secs et chauds du sud de la France. Le thym, le romarin, la lavande m’entouraient… Par ailleurs, j’ai lu à ce moment-là le roman de Patrick Süskind Le parfum. Un stage chez un producteur distillateur a fini de me révéler quelle allait être ma suite de parcours. Il partait à la retraite et j’ai senti que je voulais poursuivre son chemin. C’est comme cela que je suis arrivé dans le monde de l’aromathérapie en tant que producteur et artisan-distillateur.

Quelles plantes cultives-tu ou vas-tu récolter en pleine nature ?

On peut dire que 2/3 de ma production provient de la cueillette sauvage et raisonnée. Je fais partie de l’AFC, une association qui prône les bonnes pratiques de cueillette. En pleine nature ou sur des propriétés privées avec accord, dans des biotopes différents, je récolte le romarin à camphre, l’achillée millefeuille, la lavande aspic, le thym qui donnera des chémotypes thymol ou géraniol selon les spots, le myrte commun, la carotte, mais aussi le fenouil, le cyprès, les pins d’Alep ou sylvestre, le sapin blanc et le plus méconnu buplèvre ligneux .

Sur mes deux hectares, je cultive du thym qui donnera les chémotypes thujanol ou linalol une fois distillé, la lavande fine, la sarriette des montagnes, l’immortelle (ou hélichryse italienne), le romarin à verbénone, la mélisse, la sauge officinale (pour son hydrolat uniquement due à l’interdiction de vente de son huile essentielle), le laurier noble

Cette diversité de plantes occupe notre calendrier de récolte et de distillation une bonne partie de l’année !

Peux-tu me décrire une de tes distillations ?

La distillation ne doit pas être éloignée de la cueillette, 80% de mes distillations sont faites à partir de plantes fraîches. Certaines distillations durent 1h30, comme la lavande, d’autres sont bien plus longues. Je distille par exemple le cèdre de l’Atlas pendant 5 à 6h.

Après avoir mis la plante dans l’alambic, je la tasse au pied. Cela m’assure une connexion toute particulière avec elle, un contact tactile, mais cette action me permet aussi de bien répartir le végétal. Si la plante n’est pas positionnée correctement dans l’alambic, des poches de vapeurs peuvent se créer ou la vapeur d’eau ne va pas suivre un chemin harmonieux. Cela se ressent dans le produit final.

J’utilise deux alambics en cuivre, un de 250 l et un autre de 500 l. Je trouve que cette matière apporte un supplément d’âme à l’huile essentielle.

Toutes les étapes de la distillation sont importantes si tu veux obtenir l’entière subtilité d’une huile essentielle de caractère.   

Crédit : Boèmia

« Faire naître le produit, c’est ça qui me fait vibrer. »

Pour avoir senti une large partie de la gamme des huiles essentielles provenant de chez Boèmia, je peux vous assurer de la qualité de leur gamme.

À l’olfaction, les notes apparaissent tout en finesse, équilibrées, sans explosion immédiate avec une retenue bien maîtrisée. Puis, les notes se déploient comme un éventail, offrant leur diversité, leur nuance et une autre puissance. À la manière d’une odeur mise sous cloche, comme certaines bougies haut de gamme, elle avance par étapes, d’abord sans trop se dévoiler comme un premier contact amoureux, puis en laissant transparaître plus de traits de caractère. Une rencontre en douceur, mais qui devient plus intime et volubile au fur et à mesure de son olfaction et de son utilisation.

Quelle est ta vision de l'aromthérapie et de l'hydrolathérapie ?

Je suis heureux de ce frémissement que je ressens depuis une dizaine d’années pour les hydrolats. C’est pour moi l’avenir de l’aromathérapie. [Vous sentez notre explosion de joie chez Maison Aromaterii à l’écoute de ces mots plein d’espoir ! On adore littéralement les hydrolats par ici, notamment pour faire une detox !]

Je défends bien sûr une aromathérapie de qualité, telle que les petits producteurs, fiers de leur art, savent la créer : concentrée, bien travaillée, reconnue pour sa subtilité. Chez Boèmia nous utilisons de 1 à 4 kg de plantes pour obtenir un litre d’hydrolat. Mais cette qualité a un prix pour le consommateur… Il faut toujours garder à l’esprit que c’est ce prix d’un flacon, d’hydrolat ou d’huile essentielle, amoureusement travaillé qui fait vivre l’artisan producteur-distillateur.

Enfin, l’aromathérapie, selon moi, connecte les humains. La cueillette est un rituel qui repose l’esprit ; elle permet une reconnexion à la nature brute et sauvage. Il existe presque une « transe » avec la plante : quand je cueille du romarin, je SUIS du romarin. Toute ma gestuelle, ma façon de bouger se met en marche automatiquement, comme si « le corps savait ». On entre en pleine conscience ! C’est une reprogrammation de l’esprit, on est connectés à notre instinct de chasseurs-cueilleurs. L’aromathérapie invite aussi à s’écarter du monde, à observer réellement notre environnement.

Comment vois-tu l’aromathérapie en 2050 ?

Le dérèglement climatique est en marche, cela ne fait aucun doute ! Le réchauffement est clairement perceptible, je ne vois plus que deux saisons dans l’Aude : un hiver moyennement froid et pluvieux et un été, sec, très chaud, sans gouttes d’eau pendant des semaines. Il est parfois possible de perdre 20° d’une journée à l’autre !

J’ai remarqué cette année que le thym sauvage était en souffrance…

Malgré ces considérations sur le développement durable et l’aromathérapie, je souhaite avant toute chose que le savoir autour des huiles essentielles et des hydrolats ne se perdent pas, qu’il demeure une tradition de transmission, de partage de savoirs…

J’espère aussi que l’aromathérapie ira dans le bon sens, qu’elle ne devienne pas l’apanage uniquement de groupes industriels. Et si chaque famille pouvait avoir un herboriste, comme cela se faisait avant, ce serait une belle avancée.

Une anecdote de distillateur à partager ?

Oui, le rendement des plantes est parfois assez surprenant. Il m’est arrivé de cueillir une même plante, sur un même biotope qu’une autre personne. Avec 150 kg de plantes, j’ai obtenu 1 l d’huile essentielle quand l’autre personne a extrait de l’alambic 900 g d’huile essentielle de ses 400 kg de plante récoltée. Il n’y a pas de standardisation ! Une distillation possède un caractère unique selon la personne qui la conduit.

Julien, quelle est ton huile essentielle favorite distillée chez Boèmia ?

Sans hésiter la lavande aspic. C’est une plante discrète, quelque peu rude et résistante. Elle me ressemble. J’aime la récolter en fin d’été, aux alentours du 20 août que je considère comme le vrai départ de l’automne contrairement à ce que nous impose le calendrier.

Crédit : Boèmia

Le petit plus Maison Aromaterii :

 

Une nouvelle rencontre très riche avec un producteur et un distillateur passionné ! Julien Martre se dévoile, comme ses huiles essentielles et ses hydrolats, au fur et à mesure de l’entretien et nous montre à quel point sa connexion avec le monde végétal est profonde et puissante.

Solidement ancré sur son territoire, il met en valeur le patrimoine botanique qui l’entoure. Son partage d’un grand savoir-faire associé à une précision de ses distillations font que chaque flacon qui arrive chez nous s’avère un bien précieux.

Découvrez l’univers aromatique de Julien Martre de la distillerie Boèmia sur les réseaux Facebook et Instagram.

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